Da’at: la connaissance et l’union

C’est par la sagesse qu’une maison s’élève et par l’intelligence qu’elle s’affermit. C’est par la science que les chambres se remplissent de tous les biens précieux et agréables.… (Proverbes 24:3)

La Sagesse(Chakhmah), la Compréhension(Binah) et la Connaissance (Da’at) sont trois principes fondamentaux de la pensée Kabbalistique. Cette capacité de manipuler les pouvoirs de la création – interprétée par les Kabbalistes en lettres et chiffres sur l’arbre requière une maîtrise de ces trois principes. [1] Alors que Chakhmah et Binah sont reconnus comme deux des trois sefirot divins (avec Kether),  la connaissance (Da’at) n’est jamais considérée comme une vraie sephirah. On a vu plusieurs commentaires niant son importance et encore moins se posant la question ou fournissant une explication quant à son inclusion à l’arbre – ceci certainement dû au fait que la Kabbale séfirotique est un système décimal, il n’y a que 10 chiffres et pas 11. [2]

Dix Sefirot du Néant
dix et pas neuf
dix et pas onze

Sefer Yetzirah 1:2

N’étant pas l’une des 10 sefirot émanée, Da’at ne peut être considéré comme une véritable sephirah, pour la même raison le chiffre 11 ne peut être considéré comme un vrai chiffre. Malgré cela, Da’at est considérée comme un principe pivot dans la littérature Kabbalistique. Le mot Da’at se traduit littéralement par « connaissance », elle a aussi une connotation sexuelle comme dans le verset « Adam savait que sa femme Eve » (Genèse 4:1). Dans la philosophie Kabbalistique, Da’at représente le principe de connaissance – principe identique à la gnose des philosophies classiques – je ne me réfère pas ici à l’épistémologie du mot « connaissance » mais je mets en exergue plutôt le sens d’expérimenter (éprouver) une union avec l’objet en question – qui amène à sa connaissance… Éprouver Dieu, c’est Connaître Dieu.

La philosophie kabbalistique explique que Da’at est le point d’union entre la sagesse(Chakhmah) et la compréhension(Binah). En tant que proto séphirah (ou non sephirah), Da’at est le principe unificateur de l’ensemble de l’arbre. [3] Comme nous considérons les autres sefirot récipiendaires de lumière, Da’at est la Lumière, elle-même – en fait, le Zohar identifie Da’at comme « Lumière de Chakhmah ». [4]

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Cette notion de Da’at ainsi que l’arbre d’Ari ont été adopté dans les différents courants d’ésotérismes occidentales. La plupart des étudiants en ésotérisme occidentale repérèrent facilement Da’at,  la non-séphirah comblant le vide (à la fois philosophiquement et géométriquement) entre la triade divine (Kether, Binah et Chakhmah) et la partie inférieure(les sept séphiroth) de l’arbre. Bien que cette caractéristique soit présente dans l’arbre d’Ari (géométriquement parlant), on ne le retrouve pas dans celui de Gra. L’absence d’une sephirah « cachée » n’impacte pas le concept d’union et de connaissance. [5] Le Cabaliste Gra ne localise pas Da’at à un point donné, mais plutôt sous-entend la connaissance de l’entièreté de l’arbre pour une union divine. [6] Il est exemplifié par le rituel du pilier du milieu – équilibre entre les chemins de gauche avec ceux de droite.

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Lorsque nous examinons les deux arbres côte à côte, nous constatons que la non-sephirah Da’at d’Ari correspond à Tiferet dans la version de Gra. En effet, du fait que Da’at est pris comme un principe sous-jacent de la connaissance et d’union de toutes les sefirot, nous constatons que dans le diagramme de Gra : Tiferet est à la place de Da’at, donc entre Binah et Chakhmah – de même Yesod correspond à Da’at, entre Geburah et Hesed, et Malkut est Da’at entre Hod et Netzach. Il ne nous reste plus qu’à contempler Da’at sur l’arbre d’Ari entre Chakhmah et Binah – qui est Da’at lui-même.

La correspondance spatiale entre la non-sephirah da’at d’Ari et Tipheret de Gra est un concept intéressant, en particulier pour ceux qui utilisent les vibrations des noms divins dans leur pratique théurgique. Dans l’ésotérisme occidental, le nom divin attribué à Tipheret est YHVH ELOAH VE DA’AT (YHVH, la Divinité et la Connaissance) soulignant le lien évident entre Tipheret et la proto-sefirot Da’at. Nous trouvons un lien similaire entre Da’at et Tipheret dans le Zohar, où da’at est décrit comme étant l’enfant de la partzuf de Binah(IMA) et la partzuf de Chakhmah(ABA), – il faut noter que le même rôle d’ « enfant » est attribué au  Microprosopus (Zeir Anpin) symbolisé par Tiferet, la séphirah qui reflète les attributs communs de six sephiroth inférieures. [7] Cette interchangeabilité entre Da’at et Tiferet (représentant harmonie, amour et élévation de la conscience) est le principe que je vous demande de garder en esprit au fur et à mesure que avançons dans ce cours.

Il est également intéressant de prendre en considération certaines écoles de pensée qui emploient les deux géométries de l’arbre (par exemple dans la Merkabah) – la géométrie de l’arbre d’Ari se rapporte à l’Homme dans son état déchu sans accès direct à la divine triade, tandis que la géométrie de l’arbre de Gra montre l’état d’avant la chute ou de l’homme ressuscité ayant accès sans entrave à tous les niveaux de la vérité. L’état de « chute » ou « résurrection » se remarque dans les 2 arbres au niveau du Pilier du Milieu. Notez l’étirement vers le bas de la colonne centrale dans  l’arbre d’Ari et le vide ainsi crée.

Nous pouvons poursuivre et voir cette analogie et parallèle avec les deux arbres du jardin d’Éden – l’arbre de la Connaissance et celui de la Vie (voir Arbres). L’immortalité ou le fruit de l’arbre de vie nous est caché car  Da’at, le fruit de l’arbre de la connaissance a été consommé, nous laissant dans un monde de la dualité et de la séparation. Donc la question que l’on se pose est : Comment pouvons-nous replanter ce « fruit » de la connaissance, afin que nous puissions (re)avoir accès à l’arbre de vie?

La réponse semble être par une pratique de méditation – moyen par laquelle nous pouvons éprouver la connaissance. Une technique courante dans la méditation Kabbalistique est de faire correspondre les sefirot au corps subtil – l’initié doit se visualiser comme un véritable microcosme de l’arbre. Quand nous mettons en pratique ce concept, nous constatons que le non-séphirah, Da’at (Tiferet dans l’arbre de Gra) correspond à la région de la gorge. C’est de centre subtil où le son (vibration) et la lumière (empreinte de la vibration dans l’astral) sont unis et font Un. La gorge étant l’union de la lumière et du son(le point à partir duquel les noms divins sont vibrés), cette unité entre vibrations et lumière se répercute dans chaque centre du corps subtil. Par exemple, le nom divin pour Yesod (SHADDAI EL CHAI) vibré de façon audible à partir de Da’at, centre de la gorge, empreint de Lumière le centre de l’aine, (Yesod). Par conséquent, en ayant en tête ce précepte, Da’at se révèle être l’unificateur de l’arbre de vie. Nous noterons en parallèle la doctrine du logos (mots, paroles, ratio, harmonie) comme moyen de transmission de la gnose à l’initié (voir Gnose et Logos). Da’at est vu comme une métaphore de la « parole de Dieu ».

La doctrine de Da’at a sans doute toujours fait partie des enseignements de l’arbre séfirotique, par contre son image était intentionnellement cachée du profane, pour n’être révélé qu’aux initiés dignes de l’être. Dans la géométrie de l’arbre nous voyons les 10 Sefirot du néant, assignés aux 10 chiffres (les 5 doigts de la main droite et 5 doigts de la gauche) et Da’at (caché), le 11ème chiffre – clé permettant à l’initié d’unifier et transcender les polarités.

Notes :

[1] Une étude plus approfondie de la triade (Sagesse, Compréhension et Connaissance) dans doctrine Kabbalistique au travers des âges peuvent être trouvés dans Aryeh Kaplan. Sefer Yetzirah (Boston, MA: Weiser Books, 1997).

[2] Pour la 11ème non-séphirah, il y a d’autres correspondances que nous pouvons citer, par exemple le chiffre 11 dans la philosophie pythagoricienne – qui a influencé de façon incontestable la pensée Kabbalistique : il y a seulement 10 chiffres,  le nombre entier 11 a son propre mérite . C’est le premier chiffre qui dénote un dédoublement – nombre englobant l’unité et les 10 chiffres (union du premier et du dernier chiffre, 1 + 10) on peut interpréter ceci comme le reflet de l’unité (1) sur lui-même. En outre par le biais de la réduction pythagoricienne, 11 nous donne la dyade (1+1=2) – nous donne une dualité s’articulant sur Da’at – point de séparation et d’unification entre principes divins et de la manifestation de ces derniers dans l’univers.

[3] Aryeh Kaplan(tran.). Sefer Yetzirah (Boston, MA: Weiser Books, 1997).

[4] Michael Laitman (traduction). Le Zohar (new york:New York, Laitman la Kabbale, 2007).

[5] Bien sûr, par une observation attentive de l’arbre de Gra dans un espace à 3 dimensions, nous voyons qu’il a deux autres Sefirot (en plus mais « cachés ») (projection isométrique, le double cube). En particulier, voir Leonara Leet. Le Doctrine Secrète Kabbalistique (Rochester, VT: Inner Traditions Press, 1999).

[6] Aryeh Kaplan(tran.). Sefer Yetzirah (Boston, MA: Weiser Books, 1997).

[7] “Hesed, Gevura, Tiferet, Netzah, Hod et Yesod rassemblés en une seule Sefirah, appelé Zeir Anpin (ZA). ZA est parfois appelé Tiferet, car dans ce cas elle reflète les attributs communs (correspondant à l’ensemble de ses six Sefirot). Michael Laitman. Le Zohar (New York, Laitman, la Kabbale, publications, 2007) page 43.

 


Thanks to Leonardo Drakon – You can read the original English version at : http://voces-magicae.com/2010/11/09/daat-knowledge-and-union/

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